Dans le cadre de son projet autour de l’écologie du livre, Normandie Livre & Lecture a décidé de donner la parole à des acteurs engagés du territoire qui œuvrent à leur manière pour un écosystème du livre plus social, plus solidaire et/ou plus durable. Ils nous livrent, à travers ces interviews, des propos inspirants.

 

Pouvez-vous nous dire pourquoi avoir créé la librairie Pomme Mouette & Colibri ?

J’ai fait le choix d’une reconversion professionnelle après 12 ans en service Jeunesse d’une grande médiathèque française (Troyes) et après avoir découvert le métier de libraire par le biais d’une amie. Pomme Mouette & Colibri est né de la volonté de créer un lieu où le livre jeunesse, situé au premier plan, est soutenu par une proposition d’ateliers créatifs (pour valoriser et faire découvrir le livre jeunesse). À cela s’est ajoutée, dans un contexte sanitaire particulier pendant lequel le projet s’est construit, l’envie de proposer aux clients de la librairie l’offre jeunesse la plus large sur le thème de l’environnement, l’écologie. Une librairie jeunesse s’adresse en premier lieu aux plus jeunes qui ont encore tout à construire pour leur avenir. L’environnement, l’écologie, le monde de demain, sont des thèmes qui s’adressent à eux. D’autant plus, la librairie est située en bord de mer, ce qui a renforcé l’idée de construire ce rayonnage, car les océans, les mers font partie des ressources naturelles les plus précieuses pour le vivant.

 

Quelle offre la librairie Pomme Mouette & Colibri a pu mettre en place dans son rapport à l’éco-responsabilité (conception, rayonnage, objets) ?

  • Un rayon jeunesse dédié spécialement à l’écologie, l’environnement, la biodiversité, la nature, etc. avec une offre éditoriale la plus large possible, pour toute tranche d’âge, et tous genres réunis (albums jeunesse, documentaires, romans, BD, etc.).
  • Un rayon pour les parents propose également quelques titres sur des sujets environnementaux.
  • Une éco-conception de la librairie avec 50% du mobilier et de la décoration recyclés.
  • Une boutique pour enfants éco-responsable s’ajoute à l’offre littéraire (jeux, jouets made in France majoritairement avec une conception en matériaux durables).

 

Combien de temps avez-vous mis entre l’idée et la réalisation du projet ? Avez-vous effectué des recherches particulières sur l’éco-responsabilité de l’écosystème du livre ?

J’ai mis 3 ans environ à concrétiser le projet, de l’idée/l’envie à l’ouverture. J’ai fait des recherches pour savoir si d’autres librairies avaient pris des initiatives similaires et en fonction de mes recherches j’ai créé mon idée, mon projet associant le livre jeunesse, l’art et l’écologie.

 

Quel statut avez-vous choisi pour votre librairie ? Pourquoi ? Si vous n’êtes pas en société coopérative, est-ce une forme que vous avez imaginée ?

La librairie est en SARL. J’ai suivi les conseils que l’on m’a donnés, entreprendre était tout nouveau pour moi. Je n’ai jamais entendu parler de société coopérative.

 

Avez-vous mis en place un rapport particulier avec les autres acteurs du livre de la région (éditeurs, auteurs, bibliothèques, etc.) et avec votre territoire (école, ville, etc.) ?

La librairie est toute récente. Un premier projet s’ouvre avec un collège du secteur (Dives-sur-Mer) pour faire venir (grâce au dispositif « Coup de jeunes en librairie ») une classe de 4e une fois par mois à la librairie. Faire découvrir aux élèves la librairie, le livre de manière plus générale, l’art autour du livre, et s’intéresser à l’écologie du livre (expliquer la chaîne du livre, la fabrication d’un livre). L’idée est de leur donner envie de lire, d’aimer le livre, même en tant qu’objet. L’enseignante souhaite que je leur présente des titres sur le thème de l’écologie, l’environnement.

 

La littérature jeunesse est celle qui est le plus montrée du doigt pour l’impact écologique lié à la fabrication des livres (beaucoup d’ouvrages imprimés en Chine comme les pop-up et livres sonores très impactants). Comment faites-vous face à cette réalité ?

Je fais avec malheureusement. La seule chose que je commence à faire est de demander aux représentants de me proposer uniquement des livres tissu sans emballage plastique car certains éditeurs (comme Tourbillon) proposent désormais des packagings tout carton. Pour les pop-up j’aimerais faire la même chose mais c’est encore impossible, mon rayonnage serait vide et je tiens à ce rayonnage (pour son caractère artistique). Je commande aussi des ouvrages entièrement réalisés en papier et carton recyclés (éditeur Hélium avec leur collection 100% nature).

 

Utilisez-vous des circuits spécifiques pour trouver des maisons d’édition qui travaillent sur la responsabilité de leur fabrication ?

J’ai décidé de travailler avec Expodif, un grossiste qui récupère les invendus des éditeurs (Milan, Bayard, etc.) et les propose à des tarifs avantageux mais sans possibilité de retour. Ce choix d’acheter des ouvrages « sauvés » de la destruction permet de proposer un rayonnage de livres « sauvés » et parfois meilleur marché. Chaque livre est estampillé et un panneau explicatif est installé dans la librairie.

 

Ressentez-vous une demande particulière de la clientèle pour des ouvrages liés à l’environnement, à l’éco-responsabilité ou/et à l’écologie ?

Oui, j’ai déjà quelques ventes spécifiques à ces thèmes, jeunesse uniquement pour le moment. Mais la librairie n’a que 3 semaines d’existence donc c’est tout frais pour faire un premier bilan. Les enseignants sont contents de trouver cette offre mise en avant.

 

[Questions à…] Wilfried Loriot, gérant de la librairie Pomme Mouette & Colibri à Cabourg
Étiqueté avec :