Rémi David, né à Cherbourg, a commencé très tôt à écrire. À 15 ans, il est récompensé par le Prix du Jeune Ecrivain Français pour une nouvelle, "Adeline", publiée au Mercure de France.

Plus tard, les éditions Le Tripode publient son premier ouvrage Lava, récit d'un déni de grossesse porté sur scène la même année par le comédien Denis Lavant.

Depuis, il multiplie les collaborations artistiques et intellectuelles. Il a notamment publié une Philosophie de la magie (éditions Autrement) avec le philosophe Michel Onfray, un ouvrage avec la complicité du plasticien Ernest Pignon-Ernest (Comme des pas sur le sable, éditions A Dos d'Âne) et a participé à l'écriture des spectacles de la funambule Tatiant Mosio Bongonga (compagnie Basinga) ou du marionnettiste Max Legoubé (compagnie Sans Soucis). Il écrit à la fois pour les adultes et pour la jeunesse. Il est également magicien. 

En 2012, il a fondé l'association M'Agis qui propose, en France ainsi que partout dans le monde, des spectacles et ateliers de magie auprès de populations en grande difficulté.

Accueilli en résidence à Arras, en novembre et décembre 2019, puis, en janvier 2020 Rémi David, finalise l'écriture de son roman : La vie derrière. Il y évoque le long périple d’une famille afghane, menacée par les Talibans, qui décide de quitter le pays pour venir se réfugier en France, suivant la route des Balkans. Récit de voyage, il est conçu en échos et résonances avec L’Odyssée d’Homère et l’Ulysse de James Joyce. Le premier évoque en effet le périple extraordinaire de héros eux-mêmes extraordinaires là où le second s’intéresse, quant à lui, au parcours ordinaire d’un héros ordinaire. Situé très précisément à l’entre deux de ces deux monuments de la littérature occidentale, il s’agira très humblement, avec La Vie derrière, de tenter de faire entendre le voyage extraordinaire d’une famille ordinaire.

Cette résidence a permis à Rémi de disposer de temps, de moyens financiers et logistiques pour finaliser l’écriture son projet. Au vu du contexte régional et des spécificités du territoire, l’Agence des Hauts-de-France a proposé à l'auteur des rencontres avec des publics du territoire d'Arras qui ont connu un parcours d'exil sur le thème de leur migration.

En lien avec son travail de création et son univers artistique, Rémi David a participé aux actions de sensibilisation, de médiation, d’animations littéraires, mises en œuvre par la structure, en direction des publics des partenaires de la résidence et a pu faire la connaissance de Romain, l’auteur amiénois accueilli en Normandie.

© AR2L Hauts de France

Est-ce qu'il s'agissait de votre première résidence ? 

Non, j’ai déjà été accueilli en résidence, notamment à Caen, à Cherbourg, à Sablé-sur-Sarthe ou à Sées. J’ai participé aussi, comme auteur, à plusieurs résidences avec des compagnies de spectacle vivant : pour travailler avec une funambule, un clown ou bien encore un marionnettiste.

Pourquoi avoir choisi ce lieu de résidence ? 

Une fois n’est pas coutume, ce n’est pas moi qui ai choisi ce lieu de résidence mais, en l’occurrence, c’est lui qui m’a choisi ! On m’a contacté, en effet, pour me proposer de participer à ce dispositif inédit, qui met en relation deux auteurs de deux régions différentes. Ce fut l’occasion pour moi de découvrir une ville, Arras, que je ne connaissais pas du tout et qui m’a séduit : son architecture flamande, son marché de Noël, ses gaufres, ses friteries… tout ça, pour le Normand que je suis, était assez dépaysant, et plein de charme !

© AR2L Hauts de France

Qu'est ce que vous appréciez le plus dans le fait d'être en résidence ?

Pour un auteur, les résidences sont des dispositifs précieux, qui permettent notamment d’être rémunéré lors de l’étape d’écriture d’un livre. Aussi, le lieu où s’est déroulée cette résidence était assez exceptionnel : j’étais, en effet, dans une ancienne citadelle construite par Vauban : un site classé au patrimoine mondial de l’Unesco ! Le studio où je résidais était tout confort, calme, propice ainsi à l’écriture et à la concentration. Le tout à quelques minutes seulement du centre-ville et entouré d’un bois où se promener : un cadre idéal !

© AR2L Hauts de France

D'où vous est venu le choix de votre sujet d'écriture ? 

Parallèlement à ma pratique de l’écriture, je suis magicien et suis intervenu, en 2016, dans la jungle de Calais pour proposer un spectacle. Je me rappelle encore, là-bas, cette petite fille afghane qui chantait, dans un français parfait, la chanson « Jean Petit qui danse ». Je me souviens de sa joie, de son sourire, de sa vivacité d’esprit, elle qui venait de si loin, qui avait tant vécu et qui tenterait, comme elle le confiait, de gagner l’Angleterre avec sa mère, en se cachant dans un camion. Je crois que c’est là que m’est venue l’idée, l’envie, en tous les cas, d’écrire l’histoire d’une famille afghane qui fuit son pays, de retracer son périple.

Comment votre résidence vous a aidé dans votre projet d'écriture ? 

Contrairement à beaucoup de résidences, celle-ci était essentiellement dédiée à l’écriture, avec très peu d’actions de médiation. En effet, la plupart du temps, lorsque l’on est en résidence, on anime beaucoup d’ateliers d’écriture, ce qui est toujours un plaisir mais demande beaucoup d’énergie, de temps de préparation puis de relecture des textes écrits en atelier. Cela réduit finalement à la portion congrue le temps que l’on peut consacrer à son propre travail d’écriture. À Arras ce ne fut pas le cas, ce qui m’a permis de me consacrer pleinement à mon projet romanesque et de le faire vraiment avancer.

Aviez vous des appréhensions/ des doutes sur votre projet qui ont pu être résolus pendant cette période ? 

Pour être tout à fait honnête, c’est un peu l’inverse qui s’est passé : les doutes sont arrivés en cours de résidence. En effet, je pensais tenir une première version du texte et croyais que cette période à Arras serait l’occasion d’aboutir à une version finalisée de mon manuscrit. Mais au fur et à mesure que je me relisais, je suis tombé dans les affres du doute… et j’ai procédé finalement, durant la résidence, à des choix assez radicaux, notamment sur la voix narrative, qui ont invité à un re-travail quasi complet du texte, que je n’ai pas encore terminé. Bref, le projet a pris des contours différents de ceux que j’avais imaginés mais ils sont à peu près fixes, désormais. Du moins, je l’espère…

Dans le cadre de votre résidence, quelles sont les rencontres qui vous ont marquées ? 

La rencontre avec Romain Villet. Je ne connaissais pas bien son œuvre, ça a été pour moi l’occasion de la découvrir et de découvrir aussi sa gentillesse, son sens de l’accueil, du partage et son goût pour les conversations passionnées. Nous avions conçu ensemble, d’ailleurs, une soirée qui devait se dérouler à Regnéville et mêler littérature, musique et magie : elle a été annulée en raison du Coronavirus, j’espère qu’elle pourra se tenir un jour. Aussi, j’étais heureux de rencontrer les équipes de l’Agence du livre des Hauts-de-France, notamment Julien Dollet et Adeline Poivre, qui ont participé à ce que tout se déroule si bien et m’ont fait découvrir, avec un enthousiasme communicatif, le travail de plusieurs auteurs et éditeurs de leur région.

Pourriez-vous décrire un moment fort de votre résidence ? 

Je pense qu’il s’agit de la seule résidence d’écriture où j’ai chaussé mes baskets pour faire... du cricket ! C’est un sport très suivi en Afghanistan, aussi populaire que le football en France. Une association d’Arras a monté un club pour permettre à de jeunes Afghans exilés de pouvoir jouer. Jusqu’alors, chaque fois que je tombais par hasard sur un match, à la télévision, je ne comprenais absolument rien aux règles ! Maintenant, tout est beaucoup plus clair. Mais c’était l’occasion, surtout, d’échanger avec les participants sur leur histoire, leur périple ou leur arrivée en France.

 

Quelle suite pour votre projet d'écriture ?  

J’ai pu, durant la résidence, retravailler à peu près la moitié de mon manuscrit. Il s’agit, désormais, de m’attaquer à la seconde moitié avant de reprendre, ensuite, l’ensemble du texte. C’est un travail de fourmi l’écriture, qui demande beaucoup de temps, toujours plus que je ne le crois, pour parvenir à un résultat qui semble satisfaisant, présentable à un éditeur. J’espère, dans quelques mois, en être arrivé là !

 

Propos recueillis par Alice Ginsberg

 

En savoir plus sur cette résidence croisée de création littéraire sur le site de Normandie Livre & Lecture
[Questions à…] Rémi David en résidence à Arras
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