Âge tendre et tête d’acier

Révélation de la littérature lettone, Jānis Joņevs signe un premier roman en forme de récit initiatique où la musique rock et metal est le sillon de toutes les premières fois. Au-delà de la résonance autobiographique, le témoignage contemporain d’une jeunesse avide de contre-culture.

« Joņevs ne raconte pas seulement sa jeunesse, mais celle de tous les adolescents qui se sont tournés vers cette musique, peu importe leur pays d’origine. " »

De prime abord, Metal, de l’auteur letton Jānis Joņevs, est une autobiographie narrant son adolescence à Jelgava, ville grise et triste à quelques encablures de Riga. Entre humour et mélancolie, il nous raconte les aventures de son groupe d’amis, au moment où l’identité se crée et les idées se forment.

On peut aussi y voir un roman initiatique, celui d’une jeunesse qui trouve son salut et assouvit ses désirs de rébellion dans la musique rock et metal, creusant le sillon toujours plus profondément à la recherche d’authenticité. La mort de Kurt Cobain en est le point de départ, la première des nombreuses étapes qui les mèneront jusqu’au black metal le plus extrême. Entre-temps, c’est l’histoire des premières : l’alcool, la drogue, l’amour, les bagarres… Avec Metal, Joņevs ne raconte pas seulement sa jeunesse, mais celle de tous les adolescents qui se sont tournés vers cette musique, peu importe leur pays d’origine. Chaque lecteur mélomane saura s’y reconnaître, témoignage contemporain d’une jeunesse qui, bien que désireuse de marginalité et de singularité, est de fait de plus en plus globalisée. Preuve en est : un projet d’adaptation du roman au cinéma serait en plein développement, mais l’action se déroulerait à… Marseille.

Metal est un livre prenant, touchant, à lire avec la musique très fort.

Rémy Carras

© Gaïa

Metal - Jānis Joņevs, Gaïa, 2016  (traduction Nicolas Auzanneau)

Metal (titre original : Jelgava ’94) a reçu le Prix de littérature de l’Union européenne en 2014.

[Chronique] Metal de Jānis Joņevs